Jeudi et vendredi, nous avons accompagné l'association AVUPMA, composée de membres de la Croix Rouge et de scouts dans un village de brousse, Madirobe. Le but de ces 2 jours était de rencontrer l'association des femmes du village, de visiter leur jardin de plantes médicinales et pour les remercier de leur hospitalité, de leur présenter quelques animations et formations à la santé.
Rendez-vous est pris jeudi à 8h, devant la Croix Rouge de Diego, nous sommes plus de 20 participants. Les scouts prennent place dans le 4x4 prêté par le Finistère, ils sont survoltés et mettent l'ambiance avec les djembés, guitares, harmonicas et autres sifflets. D'ailleurs, ils ne cesseront de jouer de la musique durant ces 2 jours! Le reste de la troupe s'installe dans le mini bus déglingué prêté par le frère de Jacquelin. Nous voilà parti pour l'aventure! Nous traversons des paysages vallonnés, alternant rizières et savanes désertiques. Au bout d'une heure, nous quittons la route pour la piste. Le sol de latérite dégage une quantité impressionnante de poussière qui nous prend à la gorge, s'insinue dans le moindre orifice et nous oblige à nous couvrir le visage. La piste, comme son nom l'indique, n'est pratiquable qu'en tout-terrain et le mini bus peine à parcourir ces quelques kilomètres. Nous arrivons enfin au village. Il est composé de cases de bambous, de falafy et de troncs de palmiers. Dès notre arrivée, nous montons les tentes et aidons à la préparation du déjeuner. Au menu: romazava de zébu, crudités et au moins 200 kilos de riz! Nous bouleversons carrément la quiétude du village car les garçons ne cessent de chanter, de jouer et de danser. D'ailleurs nous provoquons vite un attroupement! Nous déjeunons tous dans la case « Espace Relax ». Dépaysement garanti, nous sommes assises par terre entourées de toutes ces femmes en habit traditionnel.Nous nous demandons comment nous allons faire pour ne pas attraper la tourista dans ces conditions mais profitons tout de même de ce moment particulier!
Nous partons ensuite visiter le jardin médicinal. Les femmes l'entretiennent extrèmement bien et nous sommes étonnées de ce que nous découvrons. Puis, nous nous enfonçons dans la jungle où les femmes nous entrainent jusqu'à une cascade sacrée. Nous manquons de mourir 50 fois durant le trajet, ils nous faut sauter des rivières, faire de la poutre sur des troncs d'arbre, patauger dans les rizières jusqu'aux genous et dévaler des pentes glissantes. Les jeunes scouts sont adorables, nous tiennent la main et nos appareils photos. Nous avons carrément la honte, nous autres pauvres vazahas car eux font ça pieds nus!! Nous atteignons enfin la cascade sacrée, mais grande est notre déception car nous ne pouvons immortisaliser ce moment: prendre des photos est fady, c'est à dire tabou, sinon, l'eau de la cascade risquerait de « remonter » et nous ne pourrions retrouver le chemin du retour!! Nous ne pouvons même pas nous baigner car les crocodiles sacrés pourraient nous dévorer!
Nous repartons à travers la forêt luxuriante que la lumière peine à percer mais parfois une trouée dans la végétation laisse apercevoir des vallons, on se croirait dans Jurrasic Park!!
Nous débouchons près d'un lac surmonté d'une grotte sacrée, là aussi, interdiction de prendre des photos. En effet, des soldats seraient morts à cet endroit.
Nous prenons le chemin du retour, exténuées mais heureuses. Pas question de prendre une douche au retour, nous nous contentons du canal un peu boueux! Chochottes s'abstenir!
S'ensuit une soirée mémorable. Un groupe électrogène alimente une sono des années 50, loués pour l'occasion. Le dj passe Céline Dion et les tubes malgaches du moment, nous dansons à la lumière de la pleine lune, irréel!
Nous comprenons l'origine du déhanché inimitable des filles d'ici, les gamines de 2 ans à peine sont déjà en piste, et dansent frotti-frotta avec les garçons!!
Les scouts qui font aussi partie d'une troupe de théatre, les Zouloubés, organisent un spectacle d'impros, autour d'un énorme feu. Toute l'assistance rit de bon coeur et nous aussi malgré la barrière de la langue! Ils nous font même participer à la fin et nous dansons tous autour du feu au sons des tam-tam!
La nuit fut courte, la musique ne cesse qu'à 4h du matin. Nous sommes éveillées dès 5h par le coq qui vit au-dessous de la case d'Alphonse dans laquelle nous avons eu l'honneur de « dormir ».
Toilette sommaire avec les lingettes de Jo, nous sommes noires de poussière et pas au bout de nos peines, car, à peine avalé un pti déj succulent (beignet de farine de riz et thé au lait), nous repartons en balade!
La veille n'était qu'un échauffement, nous sommes vite au bord de la crise de nerf quand nous nous retrouvons dans une rizière avec de la boue jusqu'à mi-cuisse! Nos cours de parasito resonnent dans nos têtes, comment on va faire pour ne pas choper un shistosome!! (avis aux pros). Une fois de plus nous nous faisons remarquer, arrivées bonnes dernières et couvertes de boue!!
S'ensuit une marche au rythme scout, écrasées par le soleil, dans les broussailles qui nous lacèrent les jambes, puis dans la vase d'un cours d'eau presque asséché où pullulent des centaines de bestioles en tout genre. Tout ça pour atteindre une source bénite où jaillit de l'eau « dorée », en fait chargée d'argile rouge!
Le chemin du retour est encore pire, en effet les scouts nous font prendre un « raccourci » pour nous éviter la boue mais nous pataugeons une bonne heure en remontant un ruisseau, nous coupant les pieds sur les cailloux et nous enfonçant dans la vase.
On a bien crues qu'on s'était perdues, mais heureusement que nos chevalier-servants connaissent les « signes de piste ».
Nous regagnons le village à bout de force mais conscientes de nous être dépassées aussi bien physiquement que moralement!
Les membres de la Croix Rouge expliquent aux femmes l'utilisation du Sur'Eau, eau de Javel malgache, quelques gestes de premier secours, puis nous partons visiter le séchoir aux plantes, étape supplémentaire vers la commercialisation des plantes médicinales.
La journée prend fin avec les discours de remerciement, nous avons presque les larmes aux yeux quand les femmes entament un chant d'adieu, accompagné de danses traditionnelles.
Ces deux jours intenses resteront gravés dans nos mémoires comme une grande leçon de vie et une rencontre exceptionnelle autant qu'inoubliable.
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